Étiquettes

, , ,

J 35 du confinement, 21 avril 2020

La clinique s’éloigne. « 35 jours sans voir la Terre », ça commence à faire long.
Je perds le fil peu à peu ou plutôt je le lâche doucement. Les nouvelles des patients par téléphone deviennent plus pesantes : « On est toujours confinés » et pas grand-chose de plus à raconter. Tous ou presque ont hâte de reprendre les séances mais attendent le feu vert avec une angoisse de fond tout de même. Et s’il fallait rester encore un peu à l’abri chez soi ? Beaucoup de parents ont déjà décidé de ne pas remettre leur enfant à l’école. 

Avec les collègues du CMP, les visuoreprises/analyses de pratique ne riment plus à grand-chose. Plus de patient, plus de clinique. Plus de clinique, plus de reprise. Alors il nous reste les pads pour continuer à réfléchir, à écrire ensemble, à peaufiner des projets. 
Une visuoréunion pour organiser le déconfinement est prévue demain. 

Après une première suspension du temps, étrange mais presque dynamisante, j’ai l’impression de vivre une nouvelle phase de suspension. Elle est un peu plus inquiétante car je me demande si j’arriverais à en ressortir. En réalité, elle est assez confortable. Elle ressemble à l’entre-deux qui précède le sommeil profond. Elle est douce et chaude, elle appelle à l’abandon du corps et de l’esprit dans un bien-être cotonneux.

Sandrine Jaubert