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France Inter Grand reportage du 25 octobre 2019. Pour nous aider à penser.

L’Europe du Nord est souvent montrée en exemple pour ses systèmes de retraite et Emmanuel Macron, dit-on, s’est inspiré du modèle scandinave pour sa réforme de retraite universelle à points. Reportage en Suède et au Danemark. Qu’en est-il ? Doit-on les suivre ?

Au Danemark, tous les efforts convergent vers un seul objectif : rendre les retraités le plus autonomes possible afin de retarder au maximum l’entrée en maison de retraite – toutes financées avec de l’argent public. Pendant trente ans, le pays avait décidé de ne plus construire de nouvelles maisons de retraite, préférant mettre en place un plan efficace de maintien à domicile. Aujourd’hui, moins de 5 % des Danois vivent en maison de retraite, des établissements qui ont été largement rénovés et adaptés aux nouveaux standards de vie des séniors. A Slottet, au nord de Copenhague, également appelé la cité des Anciens, chaque pensionnaire a son propre studio avec coin cuisine. Il a ainsi le choix de participer à la vie en communauté mais aussi de rester dans l’intimité de son petit logement, tout en bénéficiant de soins et d’assistance 24 heures sur 24. Il doit payer un loyer pour lequel il peut bénéficier d’allocations. Mais les soins et les services sont gratuits. 

Cette maison de retraités héberge un peu plus d’une centaine de pensionnaires et se veut ouverte sur la vie de quartier : crèches et jardins d’enfants, potagers, parc animalier partagent le même espace. Dans un pays où la population est vieillissante, il est important de ne pas isoler les séniors. Transports publics, rampes d’accès aux bâtiments ou encore portes à ouverture automatique, les infrastructures sont de plus en plus adaptées au troisième âge et aux personnes à mobilité réduite.  

Ce sont les municipalités qui sont en charge des séniors. Elles ont pour objectif de maintenir le plus longtemps possible les personnes âgées à domicile, les maisons de retraite sont envisagées comme le dernier recours. La loi, cependant, oblige les communes à trouver une place dans ces établissements dans un délai de 4 semaines. 

Les communes assurent aux aînés des aides à domicile, des soins médicaux, le portage des repas, organisent des cours d’aérobic, des randonnées et des ateliers de réminiscence pour prévenir la maladie d’Alzheimer. Elles se chargent également de travaux d’aménagement dans leurs appartements. Des permanences téléphoniques fonctionnent de jour comme de nuit et tous ces services sont gratuits, financés par l’impôt.  

Confronté au vieillissement de la population, le Danemark a fait du bien-être de ses retraités une préoccupation centrale. Chaque commune doit avoir son « conseil de séniors », une obligation légale depuis 1998. Les retraités ont également leur lobby. La très influente association Danage compte 870 000 membres, près de 200 salariés, 20 000 bénévoles et 250 antennes de quartier. Au même titre qu’un syndicat, Danage défend les intérêts des retraités auprès du gouvernement, récemment l’association a obtenu la fin d’un prélèvement obligatoire sur les retraites de 0,3 %. Avec une courbe démographique laissant présager d’un boom des octogénaires dans la société ces prochaines années et la recrudescence de personnes âgées dépendantes, Danage dénonce également le manque de place en maisons de retraite. Selon l’association, la construction de 20 000 nouvelles structures sera nécessaire dans les dix prochaines années. Mais Danage milite également pour le maintien des séniors en activité et en emploi.  L’association est un acteur important dans leur quotidien, lieu d’écoute et de soutien, elle organise de multiples activités, loisirs et voyages. 

Qu’a le modèle scandinave d’enviable ? 

Ce sont tous les deux des systèmes de retraite universel, à points pour la Suède mais pas au Danemark. Ce sont tous les deux des régimes de base par répartition, que l’on appelle la retraite publique et un système obligatoire complémentaire par capitalisation. Le Danemark figure parmi les meilleurs systèmes de retraite parce qu’il distribue des pensions de retraite généreuses, avec un taux de remplacement atteignant les 85%. Mais c’est avant tout un système durable et équitable.

Au delà d’un système, c’est surtout la place des séniors, la prise en compte du vieillissement de la société qui est assez remarquable. Que ce soit dans les entreprises, où le salarié sénior est encouragé à rester et l’expérience est valorisée, ou encore dans les services publics, dans la ville, où des aménagements sont faits pour les aider, pour leur faciliter les déplacements. 

C’est une philosophie nationale, il faut rester actif, sportif, curieux des nouvelles technologies pour retarder au maximum la perte d’autonomie. C’est bon pour le moral et c’est bon pour les finances du pays. Il ne faut aller en maison de retraite qu’en dernier recours. Avec le boom démographique des octogénaires, de nouveaux défis sont à venir et le pays est très avancé en matière de dématérialisation et de numérisation de son système de soin. 

Malgré cela, les systèmes de retraite scandinaves ne sont pas dépourvus de faiblesses. Les femmes avec des emplois à mi-temps et des carrières hachées ont été les grandes perdantes. En Suède, leur pension est à peine plus élevée que le minimum vieillesse. D’autres mécanismes comme celui qui corrèle pension de retraite et croissance économique a fait bondir les retraités qui ont vu baisser leur retraite par trois fois en 2010, 2011 et 2014. La très puissante organisation PRO de retraités suédois lutte pour voir disparaître cette disposition. Ian Andersson, qui était député au Parlement suédois au moment de la réforme en 94 et devenu vice président de PRO pour le sud du pays, ne se prive pas de la critiquer aujourd’hui.

La France arrivera-t-elle au bout de sa réforme de retraite universelle à points ? Saura-t-elle s’inspirer du modèle scandinave en en corrigeant les défauts ? Indéniablement, un vent du nord souffle sur le projet de réforme de retraite d’Emmanuel Macron. Mais pour le moment, il ne récolte que la tempête…

Corinne Vignon, députée LREM et co rapporteure du projet de réforme des retraites, précise que l' »on a constaté  que les modèles de l’Europe du Nord ne pouvaient pas forcément être appliquables en France. Pour plusieurs raisons : la mentalité, qui n’a rien à voir, ensuite, si l’on se réfère à la Suède, il est très difficile d’appliquer des méthodes sur une échelle de population dix fois plus importante.«