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Edito extrait de la lettre d’information de la rentrée 2019.

« C’est le lecteur qui lit le sens. C’est le lecteur qui accorde ou reconnait à un objet, à un lieu ou un événement une certaine lisibilité ; il revient au lecteur d’attribuer une signification à un système de signes et puis de le déchiffrer. Tous nous nous lisons nous-mêmes et lisons le monde qui nous entoure afin d’apercevoir ce que nous sommes et où nous nous trouvons. Nous lisons pour comprendre, ou pour commencer à comprendre. »Une histoire de la lecture, Alberto Manguel
(essai traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf, Actes Sud, 1998, p.20)
« Maintenant, tu vas apprendre à lire. Il va falloir travailler ! »
Ces paroles accompagnent souvent l’entrée au CP des enfants de notre pays.
Pourtant, dès sa venue au monde, un tout-petit travaille intensément — physiquement  et psychiquement — pour aller peu à peu vers sa maturité et son autonomie. Pourtant chacun de nous exerce dès sa naissance cet acte de lire complexe, précoce et indispensable à la vie.
Nous savons que le bébé qui vient de naître est immature, à la fois fort dans sa volonté de vivre et fragile dans ses possibilités de vivre seul. « Car un bébé tout seul ça n’existe pas ! Il fait essentiellement partie d’une relation » a écrit le pédopsychiatre et psychanalyste britannique Donald Woods Winnicott.
Nous savons aussi que le jeune enfant qui rencontre dès le début de sa vie des albums et des lecteurs d’albums développe ses capacités vitales de lecteur : repérer des signes et leur donner sens.
Par expérience et observation, nous savons aussi que les enfants qui deviennent facilement des lecteurs autonomes sont ceux qui côtoient des livres et des lecteurs de livres depuis toujours. Acquérir le code pour déchiffrer les textes imprimés est un lent processus. Cette étape, pas plus difficile qu’une autre, vient en son temps et se met en place grâce à l’expérience acquise à l’occasion de lectures diversifiées, partagées, accompagnées à la fois dans l’environnement familial, les lieux d’accueil, les bibliothèques … et plus tard à l’école maternelle, au CP, et puis encore après dans d’autres classes et d’autres lieux…  et l’apprentissage se poursuit jusqu’au bout de la vie. Car  jamais nous n’avons fini de développer nos capacités de lire, ni d’ouvrir nos champs de lectures !

Un énorme ouvrage d’environ 1200 pages publié au Seuil et intitulé Enfances de classe – De l’inégalité parmi les enfants vient de sortir en librairie. Il relate le déroulement et les résultats d’une recherche effectuée entre 2014 et 2018 dans différentes ville de France auprès de 35 enfants âgés de 5 à 6 ans. Cette recherche a été réalisée par une équipe de 17 chercheurs sous la direction de Bernard Lahire, professeur de sociologie à l’École normale supérieur de Lyon.
Dès l’introduction de ce livre, Bernard Lahire indique que « la formule Les enfants vivent au même moment dans la même société, mais pas dans le même monde » a guidé l’ensemble des étapes de cette recherche et en constitue en fin de compte un parfait résumé. »
Lisons ce travail de recherche, et d’autres également, et continuons de réfléchir tous ensemble à la façon de former des lecteurs.

L’Agence quand les livres relient souhaite à tous — et particulièrement aux enfants de CP et à leurs familles — une très bonne rentrée et de magnifiques expériences de lectures !

Dominique Rateau
Présidente de l’Agence quand les livres relient