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Quand le changement climatique attaque la santé mentale : et si votre dépression était de l’éco-anxiété ?

Ils voient l’épée de Damoclès suspendue au-dessus des nuages. Partout dans le monde, des militants écologistes, des scientifiques et de simples citoyens sombrent dans une nouvelle forme de mélancolie, impuissants, pensent-ils, face aux défis environnementaux. Heureusement, il existe des moyens de lutter contre ce spleen.  

Elle le dit en riant, mais néanmoins sérieusement : « Moi, je pleure. Je pleure pas mal, même. » Justine Davasse milite, travaille, s’informe et, parfois, elle craque. Quand elle regarde une vidéo ou lit un article faisant état des conséquences du changement climatique, quand elle bouquine ou cogite sur la sixième extinction de masse, cette Orléanaise de 30 ans peine à contenir sa frustration.

Convaincue que le temps presse et que le déni conduit l’humanité dans le mur, elle souffre d’un trouble dont la société peine encore à définir l’ampleur et les contours : l’éco-anxiété, ou anxiété climatique, un concept développé pour la première fois par la chercheuse belgo-canadienne Véronique Lapaige. Bref, le blues du militant vert. 

Entre angoisses et culpabilité

« Insomnies, maux de tête, douleurs qui vont se loger dans le corps… Certains somatisent ce stress au niveau du cou, des épaules ou du bas du dos, pour d’autres ce sont des troubles digestifs », liste la jeune femme. « Je ressentais ce type de symptômes, mais quand j’en parlais, on me disait que j’étais trop sensible. Aujourd’hui, je constate que nous sommes trop nombreux pour que ce ne soit qu’une question d’ultrasensibilité ! »

Sur le podcast « Les Mouvements zéro » qu’elle a fondé et qu’elle produit, Justine Davasse parle ouvertement de ce mal-être et recueille depuis peu des témoignages sur une page Facebook « Transition écologique et éco-anxiété. » « J’encourage les gens à en parler pour se sentir moins isolés. Qu’ils n’aient pas peur de passer pour des dingues quand ils racontent avoir ‘pété les plombs’ quand la caissière leur a proposé un sac en plastique », explique-t-elle à franceinfo. Car le quotidien des « éco-anxieux », guettés par ce que les activistes appellent le « burn-out militant », n’est pas simple.

« Volonté d’être au courant de tout, besoin d’être informé tout le temps, peur de ne pas être à la hauteur des enjeux écologiques, culpabilité de ne pas en faire assez, voire d’aggraver la situation quoi que je fasse… J’étais hanté par ces questions jour et nuit », abonde l’auteur de BD Gwen de Bonneval. En 2015, cet artiste nantais lit Comment tout peut s’effondrer, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens (éd. Seuil, 2015), un ouvrage incontournable de la collapsologie. C’est la claque. Puis la déprime.

J’ai eu un moment d’angoisse terrible. J’avais un enfant d’un an, je savais que cela allait être grave, mais pas à ce point-là et pas à cette vitesse. Ça a été dur à encaisser.Gwen de Bonneval, auteur de bande-dessinéeà franceinfo

« A l’époque, c’était mal compris et mal vu de parler en boucle d’effondrement de la société. Les gens se disaient : ‘Il ne va pas bien’, ou sous-entendaient que j’étais complotiste. J’avais l’impression de vivre dans une autre réalité », se souvient-il. « Pourquoi je ressens cela ? Pourquoi moi et pas les autres ? », se demande-t-il alors, éprouvant « une espèce d’effondrement personnel qui précède à l’effondrement tout court. »

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