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Le psychiatre Christophe André et le collapsologue Pablo Servigne évoquent l’effondrement prochain de notre civilisation (effondrement climatique, mais aussi politique, économique…). Comment rendre audible auprès du maximum de personnes les chiffres scientifiques du GIEC sur l’état de la planète ?

Pourquoi les discours alarmants des scientifiques sur l’état de la biodiversité, entre autres exemples, ne nous font pas plus réagir ? © Getty / Paula Winkler

Depuis Comment tout peut s’effondrer paru en 2015, l’ingénieur agronome Pablo Servigne est présenté comme l’apôtre de l’effondrement. Il fait des conférences à travers la France depuis 2009 pour parler de la collapsologie, il vient de faire paraître avec l’écoconseiller belge Raphaël Stevens et l’ingénieur agronome et docteur en biologie Gauthier Chapelle Une autre fin du monde est possible. Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre). 

Il était invité récemment au micro d’Ali Rebeihi pour une émission consacrée à la collapsologie.

Pablo Servigne & la collapsologie

« Effondrement », le mot est choc. Il évoque les images apocalyptiques typiques d’une production hollywoodienne, catastrophes naturelles dévastatrices et foules en panique… mais « un effondrement peut être très graduel » souligne Pablo Servigne. « Il y a eu des effondrement dans l’Histoire de tous types et de tous niveaux d’intensité. L’effondrement du bloc soviétique, ce n’est pas la même chose que l’effondrement de la civilisation maya ou de l’empire romain. Mettre des nuances de gris là-dedans, complexifier les choses, ça a été notre travail ».

Pour autant, il ne s’agit pas de nier le problème ! Le message de Pablo Servigne porte sur l’effondrement de notre civilisation, non pas dans un futur plus ou moins lointain pour les générations futures, mais pour les générations présentes. Un effondrement qui serait climatique bien sûr, mais aussi politique, économique, social… « Il y a la possibilité qu’il y ait des effets dominos et que tout cela s’interconnecte dans un sorte d’effondrement globalisé. Jusqu’où cela peut aller ? C’est LA question » souligne le chercheur.

Comment sensibiliser le maximum de personnes ?

Pour autant, derrière cette idée de « Vivre l’effondrement », il y a un choix intentionnel de secouer les consciences. Le chercheur s’emporte :

On a plus peur d’une tarentule qui vient sur notre bureau que de la lecture d’un rapport du GIEC alors que c’est abominable ! Ça parle de migrations, de morts en masse, de possibilités de ruptures…

Christophe André lui répond : « Notre cerveau est mal équipé pour écouter les messages d’alerte que nous envoient les collapsologues parce que finalement, nous sommes moins sensibles aux chiffres qu’aux histoires. 

Lorsque les chercheurs nous rappellent que x % des oiseaux ont déjà disparu, sur le coup, ça nous fait quelque chose, mais ça ne met pas notre cerveau en état d’alerte comme il faudrait que ça le mette ! Il faudrait que ces chiffres, tout à coup, ne mettent pas seulement notre intellect mais notre corps en alerte et qu’on se dise « Punaise, il faut vraiment agir ! ». Or, ça ne marche pas comme ça. Les chiffres ne nous font plus réagir, ce sont plutôt les histoires qui auraient cette vertu« .

Comment rendre sensible au plus grand nombre les chiffres alarmants donnés par les scientifiques du GIEC, de Greenpeace, de WWF, etc ? En racontant : « Nous avons mis en récit des chiffres catastrophiques. Mais ce n’est pas simplement une mythologie, quelque chose de fictif : ce sont des faits, des expériences, des théories. Nous avons fait la synthèse scientifique de ce que la science pouvait prévoir (et il y a un degré d’incertitude radical) ».

Ce n’est pas une prise de conscience seulement, c’est une prise d’émotion.


Autrement dit par Antoine de Saint-Exupéry (que Pablo Servigne cite dans son dernier livre) : 

Quand tu veux construire un bateau, ne commence pas par rassembler du bois, couper des planches et distribuer du travail, mais réveille au sein des hommes le désir de la mer grande et belle.

Et aussi l’émission « Des idées pour demain » sur France Inter