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FOF Sud-Est relaye sur son blog des articles, des ouvrages et des émissions en préambule et illustration de sa prochaine journée de formation « Lire des albums, à tout âge et en tous lieux, y compris dans le cadre de soins orthophoniques » avec Dominique Rateau, le 7 avril prochain. En savoir plus et s’inscrire.

Une page du site de la médiathèque de Martigues :

« L’art n’est pas libre, il agit »

Cette citation est extraite d’un essai, écrit par l’écrivain allemand Alfred Döblin, dont voici un plus large passage :

« C’est seulement dans les États libéraux modernes, ceux qui sont voués au commerce, à la banque et à l’industrie, au capital et à l’armée, que pouvait s’implanter cette parole de mépris : « l’art est libre », c’est-à-dire complètement inoffensif. Ces messieurs et mesdames les artistes peuvent bien écrire et peindre ce qu’ils veulent ; nous relions cela en cuir, y jetons un œil ou l’accrochons au mur, nous fumons là-dessous nos cigarettes… L’artiste aujourd’hui doit se créer lui-même sa liberté. L’art agit et il a des tâches à accomplir. »

Alfred Döblin, Écrits sur la littérature, 1913-1948, Agone, 2013

Il n’est guère contestable, si l’on s’en tient au champs littéraire, et plus particulièrement au roman, que la lecture d’œuvres de fiction relève aujourd’hui, souvent, du pur loisir ; on achète le dernier Nothomb comme la dernière version de l’Ipad, et l’un comme l’autre seront vite supplantés par le dernier Lévy (Marc ou Bernard-Henri) et la nouvelle version du Mac Machin. Somme toute, tout se vaut, et la lecture n’est plus guère qu’une activité occupationnelle sans danger, parce qu’on ne peut quand même pas passer tout son temps de loisir devant la télé.

On a cependant le droit de penser qu’au contraire la lecture, et notamment la lecture de romans, n’est pas un passe-temps, mais une activité nécessaire à notre équilibre, voire à notre survie, tout comme on sait que les véritables écrivains engagent leur vie, leur chair et leur âme dans leurs œuvres.

Notons aussi qu’on ne porte aucun jugement sur la valeur des œuvres des Nothomb et Lévy(s) : ils sont présents ici en tant que figures emblématiques d’un certain modèle de l’économie du livre.

Rappelons aussi qu’il existe encore de « véritables écrivains » (expression tirée du livre d’Antoine Compagnon) capables d’écrire ceci, à la toute fin de leur roman :

« On écrit des livres-romans, récits et poèmes bourrés de détails qui essaient de nous expliquer ce qu’est le monde, comme si la connaissance que nous avons de gens comme Bob Dubois, Vanise et Claude Dorsinville pouvait apporter la liberté à des gens de leur espèce. Elle n’y changera rien. Connaître les faits de la vie et de la mort de Bob Dubois ne change rien au monde. Notre célébration de sa vie, la complainte que nous pouvons élever sur sa mort, en revanche, le peuvent. Se réjouir ou se lamenter sur des vies qui ne sont pas la nôtre, même s’il s’agit de vies complètement inventées – non, surtout s’il s’agit de vies complètement inventées -, prive le monde tel qu’il est d’un peu de l’avidité dont il a besoin pour continuer d’être lui même. Le sabotage et la subversion sont, par conséquent, les desseins de ce livre. Va, mon livre, va contribuer à la destruction du monde tel qu’il est. »

Russell Banks, Terminus Floride Acropole, 1987, réédité ensuite chez Actes Sud sous le titre Continents à la dérive

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