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FOF Sud-Est relaye sur son blog des articles, des ouvrages et des émissions en préambule et illustration de sa prochaine journée de formation « Lire des albums, à tout âge et en tous lieux, y compris dans le cadre de soins orthophoniques » avec Dominique Rateau, le 7 avril prochain. En savoir plus et s’inscrire.

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Illustration issue de l’album « Le Lion qui avait perdu sa crinière » (éditions Cipango) Crédits : Malika Halbaoui et Bénédicte Nemo

Chez Audrey Poussier, à L’Ecole des loisirs, un lapin rose boudait son pull qui gratte jusqu’à ce que d’autres animaux essayent de le lui piquer. Depuis 1975, le Petit ours brun de Danièle Bour (Bayard Jeunesse), lui, “veut aller à l’école” ou “prend son bain”. Et Gaspard et son frère Simon, qui repeignent la clôture en rouge, échangent des petites voitures truffées de crottes de nez ou partent à la piscine sous le crayon de Stephanie Blake sont si familiers qu’on en oublie qu’il s’agit de lapins. Finalement, il aura fallu une remarque de mon fils, sur le coup de trois ans et demi, pour sursauter : non, les zèbres ne se tiennent pas sur leurs deux pattes dans la vraie vie… pas plus qu’ils ne demandent “Pardon”, d’ailleurs. Sauf quand il s’agit de Zou (lui aussi à l’Ecole des loisirs).

Tous ces albums pour enfants ont un succès impressionnant et certains ont été sélectionnés par l’Education nationale pour intégrer les étagères des écoles maternelles. Tous n’ont pas vocation au réalisme, ainsi du lapin rose de Mon pull, qui détourne tellement la représentation du lapin (hormis les oreilles, somme toute) que l’identité lapine du héros n’est finalement pas l’enjeu.

D’autres livres se font plus explicites. Les animaux sont omniprésents dans la littérature jeunesse, en particulier si l’on fouille au rayon des albums illustrés. Dès l’apparition des contes, l’animal a occupé une place centrale dans notre imaginaire de fiction. Mais c’est au XVIIe, et plus encore au XVIIIe siècle qu’émerge un véritable bestiaire dans le domaine de la littérature jeunesse, ou ce qui en tenait lieu. Dans l’histoire de ce bestiaire, Buffon marque une étape importante. L’académicien en effet n’a pas seulement engendré son Histoire naturelle restée célèbre, mais aussi une série de nombreuses déclinaisons destinées soit à la famille, soit aux enfants, rappelle Florence Gaiotti, maître de conférence en littérature française, spécialisée dans l’histoire des albums pour enfant.

L’animal, l’autre petit d’homme

Mais alors que la visée de Buffon était pour l’essentiel scientifique, avec une volonté de dissémination de la connaissance et des planches illustrées très didactiques, le recours à l’animal dans les livres jeunesse dépasse la vertu pédagogique. On note même plutôt une tendance dominante à le représenter non pas en tant qu’animal mais en tant qu’homme et même, plus particulièrement, en tant que “petit d’homme”, pour reprendre le terme utilisé par l’universitaire Isabelle Nières.

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Cette tendance à humaniser l’animal s’installe à partir de la fin du XIXe siècle. En Angleterre, avec Peter the Rabbit, “Pierre lapin”, de Beatrix Potter, en 1902. Puis en France, avec Babar, de Jean de Brunhoff, rappelle Florence Gaiotti. Les deux héros auront une longévité hors du commun puisqu’ils restent des personnages centraux dans l’univers jeunesse, et une notoriété sans pareille. Ils ont aussi en commun d’incarner parfaitement la manière dont, des deux côtés de la Manche et à la même époque, on a créé des personnages emblématiques en les défaisant de la plupart de leurs caractéristiques animales pour en faire des incarnations abstraites.

Florence Gaiotti raconte que Peter the Rabbit se fait très rapidement habiller avec des vêtements, et doter d’un caractère qui a vite fait de ce lapin l’incarnation de l’image animalisée de l’enfant terrible telle qu’elle pouvait exister au XIXe siècle. Babar, lui, ne tient pas tout de suite sur ses pattes arrière, mais il se relève assez rapidement et part arpenter le monde civilisé. Il est intéressant de voir que, selon les albums, ces personnages perdent plus ou moins complètement leur animalité, ou pas. C’est variable : au fil des histoires, Peter the Rabbit peut apparaître aussi bien en lapin qu’avec tous les attributs du petit garçon qui fait des bêtises.

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Un siècle plus tard, en ce début de XXIe siècle, bon nombre de héros célèbres dans les albums pour enfants ont perdu en partie leur animalité. Souvent, pour mieux endosser des traits de caractère humains. On continue de plébisciter des animaux, mais sans en faire vraiment des animaux. Cet anthropomorphisme durable a plusieurs explications.

 

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