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« Le Club des 5 et la baisse du niveau »

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« Je ne sais si, comme moi, vous fûtes bercés durant votre enfance par Claude, Mick, François, Annie et Dagobert. Je dois dire que je garde du Club des 5 d’Enid Blyton un excellent souvenir : des aventures extraordinaires, des personnages attachants auxquels on s’identifiait facilement, un super-chien presque humain dans ses réactions… Bref, le Club des 5 fut une vraie étape de mon enfance.

  Or donc j’ai un jour entendu qu’il y avait quelque chose de pourri au royaume de la bibliothèque rose. Je ne parle pas ici de la présentation « marketing » de la collection affreuse, ni même des  horribles illustrations de couverture qui ont remplacé les beaux dessins d’époque (qui ont d’ailleurs disparu des pages intérieures, alors qu’ils y rythmaient auparavant l’intrigue)… je parle de la traduction. « Traduction revue », me dit mon édition contemporaine. Et pour cause ! Traduction massacrée serait en fait le terme le plus approprié. Je vous propose donc un petit comparatif entre la traduction originale et celle que l’on peut trouver aujourd’hui dans les librairies, avant d’essayer de tirer de tout cela quelques enseignements. Je m’appuie pour ce faire sur le titre Le Club des Cinq et les saltimbanques, renommé depuis Le Club des Cinq et le Cirque de l’Étoile. À lire pour savoir quoi acheter à notre enfant, petite nièce, arrière-cousin, fils des voisins… »

 

« Le Club des Cinq » retraduit… et simplifié : on prend les enfants pour des imbéciles »

Lu dans l’OBS : Le point de vue de Laurence Tutello, libraire indépendante

« Les nouvelles traductions du « Club des Cinq » ont de quoi interpeller : le présent remplace systématiquement le passé simple, le vocabulaire a été appauvri, les descriptions raccourcies, voire évincées…

On prend visiblement les enfants pour des imbéciles.

Pourtant, ils sont tout à fait capables de comprendre qu’il s’agit d’une œuvre du siècle dernier. On ne se permet pas autant de liberté avec un texte de Jules Verne lorsqu’on fait une adaptation.

Les enfants sont déçus de ces retraductions 

Ce choix éditorial est absurde car les jeunes lecteurs découvrent souvent ces aventures par les vieilles éditions des rayons de bibliothèques ou par les exemplaires de leurs parents et grands-parents. Ils viennent ensuite acheter d’autres romans s’ils ont été conquis dès la première lecture.

Seulement, ces romans réédités sont souvent pour eux une déception ! Il y a une semaine, j’ai justement eu un retour d’un exemplaire du « Club des Cinq », car une petite fille n’avait pas retrouvé dans la traduction remaniée ce qui l’avait séduite dans l’ancien texte. Elle s’est plainte à sa mère en lui disant que ce n’était « pas écrit de la même façon. »

La tendance au politiquement correct

Plus inquiétant encore, c’est qu’en tant que libraire jeunesse, je constate depuis 7 ou 8 ans un appauvrissement général de cette littérature. L’utilisation exclusive du présent et la simplification du vocabulaire ne concernent pas que les nouvelles éditions du « Club des Cinq ».

Au-delà de l’édulcoration du texte, on constate aussi que les éditeurs veulent de plus en plus être politiquement corrects : l’aventure du « Club des Cinq et les saltimbanques » avait d’ailleurs été renommée « Le Club des Cinq et le cirque de l’étoile ».

Je ne suis pas certaine qu’un éditeur publierait aujourd’hui en l’état « Le géant de Zéralda« , célèbre conte pour enfants paru en 1967 et qui a été transmis de génération en génération : il serait sûrement jugé trop effrayant.

Certains éditeurs cherchent à effacer toute noirceur, toute ambiguïté. Par exemple, il est quasi impensable aujourd’hui de voir dans un livre jeunesse un parent qui fume la pipe. Même Lucky Luke s’est vu retirer son mégot de cigarette.

Mais de quoi ont-ils peur ? Les enfants en âge de lire « Le Club des Cinq » connaissent le monde, ils le découvrent dans « Le petit Quotidien« , le journal des 6-10 ans, ou même dans certains jeux vidéo.

Certains éditeurs semblent coupés du monde de l’enfance

En simplifiant ces œuvres, les éditeurs s’imaginent que ça aide les enfants à lire. Mais ils me semblent plutôt coupés du monde de l’enfance pour faire cette mauvaise interprétation. C’est d’ailleurs amusant de relever que c’est ce même milieu qui a critiqué (souvent à tort) les adaptations par les studios Disney de classiques de la littérature jeunesse, jugées simplificatrices, comme Mary Poppins, dont le personnage est beaucoup plus dur sur le papier.

Cet appauvrissement est aussi dû à la multiplication des novélisations rapides de films et dessins-animés, en tête de gondole dans toutes les grandes surfaces.

Bien sûr, les libraires indépendants interpellent souvent les éditeurs sur le sujet. On nous répond « vous les libraires, vous n’êtes jamais contents ! Il faut bien rafraîchir le texte. »

Mais le problème vient aussi du fait que beaucoup d’auteurs se conforment à ces règles. Vu qu’il y a de plus en plus de publications littéraires jeunesse, la part du gâteau est de plus en plus mince et il devient difficile d’exister.

Le libraire doit assurer son rôle de conseiller

Mon rôle est de faire une bonne sélection parmi tous ces ouvrages. Forcément, j’ai quelques exemplaires du « Club des Cinq », mais très peu : deux en tout et pour tout. Ils sont en vue, mais je ne les proposerai jamais à un client. J’essaye de les orienter vers des livres plus travaillés.

Par exemple, la série « La cabane magique » de Mary Pope Osborne, éditée chez Bayard, qui s’adresse pourtant à un public plus jeune, comporte tout de même un vocabulaire assez élaboré, tout en restant simple d’accès. Je n’ai pas honte de le conseiller et le succès est d’ailleurs au rendez-vous.

Heureusement, il y a encore beaucoup d’éditeurs qui font vraiment bien leur travail et qui n’ont pas abandonné l’exigence littéraire. »