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Les Chemins de la philosophie, émission d’Adèle Van Reeth sur France Culture, propose une série de quatre émissions « Pour une autre école », dont deux particulièrement intéressantes :

Pour une autre école 3/4 : Rousseau, Emile ou De l’éducation

Comment éduquer l’homme afin qu’il reste au plus proche de sa nature ? Réponse en compagnie de la philosophe Céline Spector.

Emile ou De l’éducation est un traité d’éducation portant sur « l’art de former les hommes » de Jean-Jacques Rousseau publié en 1762. Le présupposé de ce texte consiste à dire que l’homme est naturellement bon. Toute forme d’éducation , si elle a pour vocation de contraindre cette nature bonne par essence, est une forme de corruption et de perversion, et conduira l’homme vers moins de liberté tout en l’éloignant du bonheur.

Le texte du jour

« Avant la vocation des parents la nature appelle [mon élève] à la vie humaine. Vivre est le métier que je lui veux apprendre. En sortant de mes mains il ne sera, j’en conviens, ni magistrat, ni soldat, ni prêtre : il sera premièrement homme ; tout ce qu’un homme doit être, il saura l’être au besoin tout aussi bien que qui que ce soit, et la fortune aura beau le faire changer de place, il sera toujours à la sienne. […]

Notre véritable étude est celle de la condition humaine. Celui d’entre nous qui sait le mieux supporter les biens et les maux de cette vie est à mon gré le mieux élevé : d’où il suit que la véritable éducation consiste moins en préceptes qu’en exercices. Nous commençons à nous instruire en commençant à vivre ; notre éducation commence avec nous ; notre premier précepteur est notre nourrice. Aussi ce mot éducation avait-il chez les anciens un autre sens que nous ne lui donnons plus : il signifiait nourriture. […] Ainsi l’éducation, l’institution, l’instruction sont trois choses aussi différentes dans leur objet que la gouvernante, le précepteur et le maître. Mais ces distinctions sont mal étendues ; et pour être bien conduit, l’enfant ne doit suivre qu’un seul guide ».

Rousseau, Emile, I, in OC, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1969, p.252.

Et pour aller plus loin…

Pour une autre école 4/4 : Ivan Illich, Une société sans école

Ivan Illich, philosophe méconnu, prophétisait en 1971 l’avènement d’une société sans école. Que reste-t-il de ses idées contestataires aujourd’hui ?

Né en Autriche en 1926, Ivan Illich fut l’un des pionniers de la pensée écologique. Sa pensée connut son heure de gloire au moment où la société de consommation commençait à peine à naître. Prêtre polyglotte et pamphlétaire à ses heures, il mit tous ses efforts à critiquer la contre-productivité des institutions de son temps : l’école, la santé, l’éducation, le travail salarié. Ses propositions d’éducation lancèrent de véritables pavés dans la mare.

Le texte du jour

« Vivre à New York suppose l’apparition d’une conception particulière de la nature de l’existence et de ses possibilités. Sans cette vision, la vie à New York devient impossible. Un enfant des rues n’y touche jamais rien qui n’ait été scientifiquement conçu, réalisé et vendu à quelqu’un, les arbres qui existent encore sont ceux que le service des jardins publics a décidé de planter. Les plaisanteries que l’enfant entend à la télévision ont été programmées à grand frais. Les détritus avec lesquels il joue dans les rues de Harlem ne sont que les emballages conçus pour attirer le consommateur. L’éducation elle-même se définit comme la consommation de diverses matières, faisant partie de programmes, objets de recherches, de planifications et de promotions de ventes. Tous les biens sont le produit de quelque institution spécialisée et ce serait sottise, par conséquent, que d’exiger quelque chose qu’une institution ne saurait produire. L’enfant de la ville n’a rien à attendre, rien à espérer, sinon ce que lui promet le développement possible des méthodes de fabrications. Pour satisfaire son imagination, on lui fournit au besoin quelques récits d’ « anticipation » ! Et que connait-il d’ailleurs de la poésie de l’imprévu ? Son expérience en ce domaine se limite à quelques découvertes dans le caniveau : une pelure d’orange qui flotte sur une flaque. Il en vient à attendre l’instant où l’ordre implacable s’interrompra : une panne électricité, une échauffourée dans la rue. Souvent, il s’abandonne, il se laisse aller à musarder, à faire le sot et c’est la seule expérience poétique dont il dispose encore ! »

Ivan Illich, Une société sans école dans Oeuvres complètes (Fayard)

Site Les Chemins de la philosophie