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Cyril Dion : « Il y a un énorme besoin d’espoir pour l’avenir »

Le Monde.fr | 16.02.2016 à 20h28 •

C’est un succès aussi phénoménal qu’inattendu. Demain, le film du militant écologiste Cyril Dion et de l’actrice Mélanie Laurent, qui recense les initiatives susceptibles de sauver la planète, a été visionné par plus de 650 000 spectateurs depuis la sortie en salles, le 2 décembre 2015. Dans un chat au Monde, Cyril Dion revient sur la portée du documentaire, et comment les citoyens peuvent s’engager à leur niveau pour faire bouger les choses.

Cyril Dion, qui travaille à un nouveau film, précise que Demain, actuellement encore à l’affiche, passera sur France 2 en décembre 2017. Il sera disponible en DVD et VOD en juin de cette année.

Béa85 : Mille mercis à vous et à votre équipe pour ce merveilleux documentaire. Avez-vous conscience d’avoir soulevé une vague de personnes prêtes à agir pour demain ? Allez-vous utiliser ce mouvement par rapport à votre film pour créer une communauté afin d’aller plus loin dans l’engagement ?

Merci à vous. Le nombre de personnes qui vont voir le film et ont envie d’agir est impressionnant. J’ai déjà créé un mouvement, il y a neuf ans, avec Pierre Rabhi, dans cet objectif-là (Colibris), donc je ne vais pas recommencer. L’idée est de capitaliser sur ce mouvement, et sur d’autres déjà existants, pour les faire grandir.

Béné nut : J’ai participé au financement du film et lors des projections que j’ai organisées et auxquelles j’ai participé. J’ai été heureuse de l’enthousiasme individuel et collectif qu’il déclenchait. En écrivant, en tournant, en montant ce film, pensiez-vous être un remède à la mélancolie ?

Notre objectif était vraiment de faire un film qui, au contraire de la plupart des autres documentaires sur ce sujet, donne de l’espoir, suscite de la créativité, provoque de l’enthousiasme. C’est de cela que nous allons avoir besoin dans les décennies qui viennent pour faire face à tous les défis écologiques, économiques et sociaux. Si cela marche, nous sommes ravis.

Un électeur : Les thématiques abordées rencontrent un écho fantastique dans la société civile mais je ne vois aucune résonance dans la classe politique. J’ai cru comprendre que vous réfléchissiez à la manière « d’imposer » ces thématiques dans le débat en vue de la présidentielle de 2017. Qu’en est-il vraiment et sous quelles formes l’envisageriez-vous ?

Lionel : Dans votre film, vous abordez le lien entre écologie, éducation et régulation démocratique. Quand on voit le paysage politique français, que peut-on faire pour changer les choses ?

Le propos du film est de dire qu’il faut arrêter d’attendre que les élus réalisent les changements majeurs dans la société. Aujourd’hui, les élus nationaux ont relativement peu de pouvoir. On le voit avec les velléités du ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, d’aller vers l’agroécologie, mais qui n’aboutissent pas. On le voit avec l’incapacité du président américain, Barack Obama, à faire passer sa réforme sur les armes. Et on pourrait continuer la liste à l’envi.

Pour que la démocratie fonctionne bien, elle a besoin que les citoyens coopèrent davantage avec leurs élus. Franklin Delanoo Roosevelt avait coutume de dire aux syndicats, qui lui demandaient de prendre des mesures, pendant la Grande Dépression : « Maintenant descendez dans la rue, et obligez-moi à le faire. » Pour changer vraiment les choses, il faut à la fois que la population se mobilise et mette la pression sur les élus, et que de nouveaux élus émergent pour porter ces idées nouvelles.

Aujourd’hui, nous assistons à une forme de défiance face à la politique, alors qu’il n’a jamais été aussi nécessaire de voir de nouvelles personnes s’engager pour porter des idées nouvelles, pour modifier les institutions et construire une démocratie qui fonctionne réellement.

Ju : Un film très enthousiasmant, une sorte de feel good movie de la vraie vie (et sans Hugh Grant !), mais que faire après l’avoir vu ? Comment devenir acteur du changement quand on est jeune, à Paris, motivé mais sans trop d’outils à disposition pour agir ? Avez-vous pensé à une sorte de guide pratique ?

Sur le site Internet du film, il y a déjà pas mal de propositions. Sur le site de Colibris, il y a toute une page de fiches pratiques pour lancer des initiatives. Et nous avons publié un livre chez Actes Sud, qui s’appelle également Demain, pour approfondir toutes les thématiques du film et faciliter l’engagement.

Anthony S : Les élus nationaux n’ont pas de pouvoir pour faire avancer les choses. Toutefois les maires sont plutôt bien placés pour suivre le mouvement des citoyens déterminés. Les soutiens de Colibris ont par exemple bombardé d’e-mails le conseil municipal de Strasbourg afin de l’inciter à voir le film. Des municipalités françaises vous auraient-elles fait part de projets ?

Effectivement, nous pensons vraiment que l’échelle locale est très intéressante pour amorcer des changements d’envergure. J’ai été contacté par la ville de Grenoble et par d’autres acteurs sur des projets qui impliquent à la fois les élus et les citoyens : on peut citer la régie locale d’énergie à Dreux, qui souhaite lancer des projets de production d’énergie renouvelable sur le territoire, la ville de Strasbourg, où la monnaie locale, le stück, se développe grâce aux Colibris, à des acteurs associatifs et à la bienveillance de la mairie, ou encore Paris, avec qui nous allons organiser une projection au mois d’avril. Notre problème, actuellement, est plutôt de ne pas arriver à répondre à toutes les demandes, ou même de ne pas pouvoir lire tous les messages qui nous parviennent (environ 100 par jour).

Tao : Beaucoup de personnes ont fait des reportages et des conférences portant sur les mêmes grandes questions de fond, primordiales pour notre avenir, et ce bien avant la réalisation de Demain. Pourtant, je ne crois pas avoir déjà entendu parler d’un quelconque résultat vraiment conséquent jusqu’à aujourd’hui. Contrairement à toutes ces interventions et tous ces reportages, comment et pourquoi expliquez-vous que Demain ait pris une si grande ampleur ?

Les gens sont plus mûrs pour agir : cela fait des années qu’ils entendent parler de tous ces sujets. Il y a un besoin d’agir. Le paysage des crises s’aggrave. A force d’entendre parler du chômage, du Front national, du terrorisme, il y a un besoin énorme d’espoir pour l’avenir, de se dire que tout n’est pas perdu. On a également cherché à faire une forme cinématographique qui soit vraiment un film, avec une vraie narration, de la musique, un travail sur l’image et la photo. Peut-être que cela donne envie aux gens d’aller au cinéma pour passer un bon moment, et pas seulement apprendre des choses.

Antoine R : « Demain c’est loin », disait le poète, mais quand on regarde le film on a hâte d’y être. Ce film devrait figurer dans les manuels des écoles primaires et d’ingénieurs. Avez-vous été approché par l’éducation nationale ?

C’est le contraire, c’est nous qui avons contacté l’éducation nationale pour leur demander de soutenir le film auprès des enseignants, ce qu’ils ont refusé de faire : d’abord parce que nous nous y sommes pris trop tard, mais surtout, parce que certaines des thématiques ou initiatives du film leur ont semblé aller contre le programme, particulièrement les monnaies complémentaires. A contrario, plus de 2 000 enseignants ont déjà vu le film et plusieurs dizaines de milliers d’élèves, principalement de lycées, également. L’initiative est plutôt venue du terrain, comme d’habitude.
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