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A lire sur le Huffington Post, un article écrit par Sandrine Doucet, députée PS, co-directrice de l’Observatoire Education à la Fondation Jean-Jaurès

« Le banquier est-il le nouveau conseiller d’orientation des étudiants ? »

C’est un reportage, visionné sur une chaîne du service public, qui donne le vertige. Mais qui semble le donner au seul spectateur tant la jeune protagoniste évoque son avenir avec le sourire en le confiant au banquier, de l’autre côté du bureau, tout aussi détendu sur les perspectives : elle vient d’emprunter 50 000 euros qu’elle remboursera à la fin de ses études, à raison de 700 euros par mois. Le banquier se dit très confiant pour sa cliente : elle est inscrite dans une école qui lui promet un brillant avenir. Mais, apparemment, le brillant avenir se mesure, à cet instant, à l’aune du montant des frais d’inscription. Ainsi cette jeune fille vient de grossir la cohorte de la moitié des ménages français endettés, pour une moyenne de 60 000 euros. Il est à supposer que si elle emprunte pour ses études, c’est que ses parents sont eux-mêmes endettés. Vertige…

Les perspectives scolaires offertes par l’obtention du baccalauréat se concrétisent alors grâce au crédit : le banquier est-il le nouveau conseiller d’orientation des étudiants ?

Le rapport de la StraNES (Stratégie nationale de l’enseignement supérieur) (1) semble opter, et c’est tant mieux, pour une autre vision de l’enseignement supérieur : celle d’une société apprenante.

La nécessaire et volontaire démocratisation de l’enseignement supérieur

Parmi les quarante mesures du rapport de la StraNES, l’ambition d’élever le niveau et le nombre de diplômés en France est la plus emblématique et distingue la démocratisation de la massification : il s’agit d’atteindre 60 % de diplômés du supérieur dans une classe d’âge.

Ce projet s’accompagne d’ores et déjà d’une stabilisation des frais d’inscription à l’université, afin de rendre crédible et accessible cette volonté de démocratisation des savoirs. La France, selon le dernier rapport de l’observatoire européen Eurydice (2), se distingue en Europe en alliant frais universitaires relativement bas et système de bourses pour 35 % des étudiants. Il s’agit, pour l’université de réussir le même pari que celui qui a été fait pour le lycée dans les années 1970 (époque où seulement 25 % des jeunes passaient le bac), celui de l’amplification de l’accession aux savoirs, sans sacrifier la qualité de ses enseignements.

Même si nous ne sommes plus dans la période de scolarisation des baby boomers, ce pari de l’augmentation du nombre de diplômés s’adresse aux classes d’âge les plus nombreuses des années 2000. Mais le défi n’est pas uniquement démographique, il est aussi culturel. En effet, les générations actuellement scolarisées sont globalement celles qui ont connu la diminution du nombre d’enseignants et la dévalorisation de leur formation pédagogique.

Et en attendant que ces générations arrivent dans le supérieur, la crainte de l’avenir a fait de la sélection post-bac un enjeu majeur et a destiné des filières à opérer un tri plus social que scolaire.

Peut-elle éviter la financiarisation de l’enseignement supérieur ?

Dans cette sélection, de nombreuses écoles ont établi leur champ de prospection pour ceux dont les résultats ne leur permettaient pas d’accéder aux classes préparatoires ou sélectives et que l’université, synonyme de massification, rebutait.

Si certaines écoles peuvent, en partie, justifier leurs frais d’inscription par des équipements de qualité et la certitude de la reconnaissance des diplômes, d’autres fondent leur attractivité sur l’inquiétude et le manque de projets des jeunes. Ainsi, des écoles privées ont des frais d’inscription allant de 5 000 à 11 000 euros l’année. La plupart, n’ayant pas de reconnaissance de la part de l’enseignement supérieur, ne peuvent octroyer le statut d’étudiants à leurs élèves, les privant de l’ensemble des services universitaires. On peut penser que s’adressent à ces établissements ceux dont la raison sociale, conditionnant les performances scolaires, n’ont pu accéder aux filières publiques de prestige et, issues des classes moyennes, vont demander à leurs familles et à eux-mêmes de grands sacrifices financiers.

D’où l’assentiment nécessaire du banquier

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