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La fabrique de l’histoire sur France Culture nous propose une série d’émissions sur le handicap, dont « Les inéducables ».

« Il n’y avait pas de place ailleurs… », disait-on. Ils sont arrivés à Belle-Île à partir de 1932. Ils venaient de tout le Morbihan. De Quiberon, ils ont pris le bateau, et ils ont accosté sur l’île qui est devenue leur lieu de vie, leur royaume, leur prison. Ils n’ont eu le droit de sortir des murs de l’Hôpital St Louis que dans les années 1980, où l’on commença à penser que le handicap pouvait s’ouvrir au monde. Les habitants de l’île ont alors découvert les visages qu’ils ne cessaient d’imaginer derrière les grillages et les ombres ; ceux que l’on nommait « les fous, les handicapés », et dont on entendait les cris en longeant les murs de la grande bâtisse blanche sur la Saline.

Ce n’était pas une volonté de nuire. Seulement, on n’avait pas encore les moyens de comprendre le handicap mental, ni de le contenir. Alors, quand les familles étaient trop démunies, on plaçait leurs enfants « différents »  sur Belle-Île, et les religieuses se chargeaient de leurs soins. Ils étaient « inéducables », c’est-à-dire qu’on ne leur promettait aucune évolution possible. On ne leur apprenait pas à lire, pas à écrire, on les faisait travailler s’ils en étaient capables, mais sans jamais les rémunérer. Ils n’étaient tout simplement pas considérés comme des personnes égales aux autres.

Aujourd’hui, l’Hôpital St Louis est devenu le Foyer d’Accueil Médicalisé. Les 121 places de l’ancien bâtiment se sont réduites à 60 dans le nouveau lieu, et les religieuses ont laissé la place à des équipes pluridisciplinaires, qui entourent les personnes en situation de handicap de soins et de services personnalisés. Ils sont maintenant chez eux. Ils ont leur chambre individuelle, on leur apprend à bouger, à parler, à apprendre. Ils se promènent dans l’île et tout le monde les connaît. En quelques décennies, Belle-Île est ainsi passée du statut de relégation le plus sévère, à celui d’intégration du handicap le plus réussi.

Mais entre-temps, c’est l’histoire de grandes séparations que vous allez entendre. Celles de familles qui n’ont pas su, ou qui n’ont pas pu, garder le lien avec leur enfant handicapé. L’île était trop loin, la pathologie trop lourde, ou la douleur trop vive.

C’est à partir de 2005 que les équipes du Foyer d’Accueil Médicalisé ont décidé de retrouver les familles de ces enfants devenus vieux. Chacun nous raconte comment, dossier après dossier, ils sont parvenus à renouer ces liens indéfectibles.

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