Étiquettes

, , , ,

Michel Soulé est professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent ; il est psychanalyste. Auteur de nombreux ouvrages, il a publié récemment « Vous aurez de mes nouvelles » esf, 2000. Pour « enfances & psy » Élisa Guises, Patrice Huerre et Rémi Bailly l’ont rencontré.

Par rapport à la question « jouer », quelles sont les références théoriques qui vous ont servi ?

La première, évidemment, c’est Winnicott. Tout ce qu’il a pu dire sur l’espace transitionnel et, bien entendu, son ouvrage Jeu et réalité, qui développe ce que représente le jeu.

Il y a aussi Françoise Dolto, quand elle parle du jeu de la poupée pour entrer en contact avec le jeune enfant. D’ailleurs j’ai, pour ma part, souvent observé comment, dans le désir d’enfant, pendant la période œdipienne, et même préœdipienne, la poupée apparaît comme un jeu fondateur permettant des transactions et la fondation de la relation avec l’enfant imaginaire. Et ce n’est pas seulement un jeu de la petite fille, c’est un jeu de toute la famille.

Quand la petite fille, vers l’âge de 1 an, se trouve confrontée à deux problèmes essentiels, la différence des sexes et la différence des générations, elle entre dans un conflit œdipien, et ce qu’elle veut c’est, effectivement, savoir d’où elle vient, quels sont les pouvoirs respectifs de son père et de sa mère. On lui explique alors qu’elle pourra fabriquer elle aussi un enfant, qu’elle a donc une grande supériorité sur les garçons, mais que ce sera beaucoup plus tard. Immédiatement va naître une rivalité avec sa mère : elle ne peut pas comprendre ce qu’est la maturation et elle peut penser, en tout cas dans son inconscient, que sa mère ne veut pas qu’elle ait le même pouvoir qu’elle et lui interdit d’accéder au père. Donc, il faut qu’elle attende, et va se développer le « faire comme si », et à ce moment-là on va lui procurer une poupée.

Vous avez dit : « Le jeu de la poupée, c’est un jeu de toute la famille… »

Depuis des siècles, dans le monde entier, que la petite fille appartienne à un peuple démuni et prenne un bout de bois, ou qu’elle reçoive, comme chez nous, une poupée sophistiquée qui boit, pleure, fait pipi et, de plus en plus, ressemble à un bébé, elle va « faire comme si », quand elle joue seule ou avec d’autres enfants. Et là, on va voir que la mère et le père vont être très contents et adhérer à ce jeu. On se trouve exactement dans la fonction du jeu : c’est une transaction.

C’est une transaction entre les parents et elle : elle ne peut pas avoir un véritable enfant, mais elle peut avoir un succédané d’enfant, la poupée ; et c’est une transaction entre la réalité et la fiction, parce que l’on va « faire comme si » c’était un bébé. À tel point qu’actuellement, même si c’est un pléonasme, on va « faire comme si » elle faisait pipi, mangeait, etc. Et le père, en rentrant le soir, va demander à sa fille de 2 ou 3 ans : « Est-ce que tes enfants ont été sages ? » Tout le monde sait que c’est un jeu. C’est aussi une transaction avec la mère, qui va faire des robes ou en acheter, donner à sa fille un peu de pâte lorsqu’elle fait un gâteau, etc.

Mais cela va plus loin : le père qui revient d’un congrès lointain va lui rapporter une poupée, noire ou jaune. L’enfant du père, le voilà !

Voilà pourquoi le jeu de la poupée est important.

Quand les mères de jeunes enfants viennent consulter à propos de difficultés psychosomatiques, si on leur demande comment cela se passait, elle ne peuvent en parler. On s’aperçoit alors qu’il y a quelques problèmes dans leur relation avec leur enfant.

logo-cairn

Lire la suite sur Cairn.info

Sur le thème du jeu : le 5 juillet, FOF Sud-Est organise sa journée de rencontre annuelle avec, notamment, l’intervention d’une psychologue clinicienne sur le thème « Jeu, rééducation et subjectivité »