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Article de Philippe Larue, paru dans La Provence.

« Il aimait aussi passionnément la mer que les mystères de l’esprit enfantin. René Soulayrol, « père » de la pédopsychiatrie à Marseille, est mort accidentellement sur les côtes marocaines, près de Tanger, à l’âge de 83 ans vendredi. Tout un pan d’une histoire médicale et humaine se clôt brutalement.

Neurologue de formation – il n’a jamais abandonné sa discipline de base avec notamment ses travaux sur l’épilepsie –, il avait été appelé en 1973 par l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille pour créer un secteur hospitalier de psychiatrie de l’enfant. Tout était à faire à cette époque et il s’y était attaché avec détermination. Cette même détermination qui animait son père Georges, médecin colonel qui avait fait une grande partie de sa carrière dans l’ex-empire colonial français, avant de devenir responsable du bureau d’hygiène municipal à Marseille. Et en tenant toujours le cap, comme son grand-père, Alexandre Ravel, commandant au long cours. Il avait bâti un service de pointe, tout d’abord au vieux Château Guis, à Saint-Marguerite, puis dans le pôle des hôpitaux Sud, dans le même quartier, en entourant chaleureusement avec son équipe les jeunes patients, sans la distance souvent de règle à ce moment-là chez les « patrons » hospitalo-universitaires. René Soulayrol avait aussi fondé et dirigé le centre de formation sur la psychomotricité. Et il a longtemps continué à donner des consultations sur l’épilepsie au centre Saint-Paul. Il se penchait sur les douleurs enfouies des plus jeunes comme sur la « spiritualité des enfants », l’un des thèmes des quelque 300 articles qu’il a rédigés et qui est devenu un livre chez « L’Harmattan ». « Les enfants ont cette possibilité de vivre dans un autre monde que celui où les adultes les maintiennent », disait-il de sa voix douce dans un film sur ce thème. Il continuait à écrire des contributions ces dernières années sur sa spécialité. Comme son père, il était médecin du monde. Il avait participé à de nombreuses missions officielles et à des actions d’ONG dans le monde entier, pour soulager les souffrances enfouies au Vietnam ou encore au Sénégal.

Amoureux de littérature, de Proust notamment, il avait commencé à publier des romans décalés et plein d’humour après la fin de sa carrière à l’AP-HM, lorsqu’il était devenu médecin honoraire. Ainsi, en 1997, « L’Homme de Riou », puis « Le Conte à Rebours du Saumon », « Les Ubiquités d’Albert Trouillard » ont jalonné sa fausse retraite. Il avait remis récemment son dernier manuscrit à Odile Jacob. Un livre qui s’inspirait de la vie de son père médecin d’un monde d’antan. Et il avait repris la mer sur les traces de son grand-père, mais sur des voiliers, traversant notamment la Méditerranée avec ses fils.

Sa femme Danièle partageait sa passion pour les maux enfantins et a longtemps été psychologue dans le service du Pr Poinso. Ensemble, ils ont eu cinq enfants qui se sont partagés dans leur vie professionnelle entre médecine et littérature. René Soulayrol était grand-père de six petits-enfants. Président honoraire de la Société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, il avait été fait officier de la Légion d’honneur en 2001. À Cassis où il résidait, il s’occupait de l’association de lutte contre l’analphabétisme Grandir à Cassis.

« La Provence » présente ses condoléances à sa femme et à ses enfants. Les obsèques de René Soulayrol seront célébrées samedi matin (18 mai, ndlr) à 10 heures en l’église Saint-Michel de Cassis. »