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Le 16 novembre 2012 a eu lieu la Journée des CMPP qui se tenait à Marseille (voir article déjà publié). La dernière intervention fut celle du Pr Jacques Hochmann, psychiatre, sur « Spécifier la place de la pédopsychiatrie à la lumière de l’autisme ».

Le Pr Hochmann est l’auteur de nombreuses publications, dont une « Histoire de l’autisme ».

Il évoque le changement de paradigme de la classification du DSM, avalisée par la Haute Autorité de Santé (HAS) : pour lui, nous passons d’un modèle linéaire à un modèle prototypique. Dans le sujet qui nous occupe l’autisme devient le prototype autour duquel gravitent les autres troubles, de façon concentrique. On y retrouve un mode de pensée des troubles mentaux identique à celui du XIXe siècle.

Puis le Pr Hochmann développe les trois reproches principaux fait à la psychanalyse dans l’histoire :

– la psychogenèse : elle s’est développée très vite après Kanner (1948). La psychogenèse s’opposait alors à la théorie de la dégénérescence qui promouvait une propagation de l’idiotie dans les générations. Au départ des théories de la psychogenèse, on trouve des psychanalystes ayant le désir de guérir les enfants autistes.
– la question du diagnostic : on reproche à la pédopsychiatrie de rester frileuse quant à poser un diagnostic chez l’enfant. Or, il rappelle que le diagnostic consensuel qui ne repose sur aucune base biologique n’est toujours pas fiable. Ainsi, les pédopsychiatres orientés par la psychanalyse qualifient le diagnostic de réifiant, fixateur de la pathologie, en tant que les enfants possèdent une dynamique de développement que nous ne pouvons pas prédire.
– la question de la maladie mentale : de nos jours, les parents préfèrent le handicap à la maladie mentale. Mais c’est une conception limitée du handicap : déficience, incapacité, désavantage (conception de Wood). Aujourd’hui, nous sommes dans une idéologie de la normalisation, et c’est à l’environnement de s’adapter : quand le désavantage disparaît, nous pouvons avoir l’illusion que le handicap disparaît avec lui. Et la loi de 2005 sur le handicap se laisse facilement interpréter dans ce sens-là. Le soin est alors occulté au profit de l’inclusion scolaire, les parents se dirigent directement vers la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) sans passer par la case soin.

Comment dépasser ces conflits ?

Le Pr Hochmann affirme que ce sont de faux antagonismes qui divisent la psychogenèse et l’organogenèse. En effet, comment se réorganise un enfant qui a, par exemple, des difficultés à percevoir les émotions sur le visage de l’autre ? Nous ne pouvons agir qu’au niveau de la part dynamique du sujet.

Concernant l’antagonisme handicap/maladie : certains symptômes n’apparaissent que secondairement, ils sont une construction dans un processus. Chez l’enfant autiste, les stéréotypies, les objets autistiques, ne sont pas présents d’emblée. Nous pouvons imaginer qu’un traitement précoce et adapté pourrait permettre de réduire l’importance de ces manifestations pathologiques, voire ne pas permettre leur apparition.

Francès Tustin « Ce qui est essentiel avec l’enfant autiste, c’est la vitalité de l’analyste »

Le Pr Hochmann propose la co-construction avec l’enfant d’une histoire qui, au départ pleine de bruit et de fureur, se traverse pour devenir une histoire cohérente (la rêverie maternelle).
Concernant le diagnostic, s’il a une valeur apaisante, nous pourrions parler d’une photographie à l’instant T, dans un processus d’évolution, afin de ne pas limiter le sujet à ses troubles.
Il soutient la nécessité d’une articulation entre soin, éducation et pédagogie. Il s’agit de bien différencier ces  aspects, sans les cliver, car un regard est toujours enrichi par les autres regards. Sur ce point, le travail institutionnel est une précieuse ressource.
Il rappelle en outre la nécessité d’une théorie : le DSM a annihilé toute théorie, avec pour conséquence l’élimination de toute empathie, mais aussi d’une connaissance, d’une compréhension de ce qu’il se passe chez l’autre.

Les soignants ont tout intérêt à communiquer le plus possible avec les parents, car il est traumatique pour tout parent de confier son enfant à quelqu’un supposé savoir mieux qu’eux qui est leur enfant. Ne rien dire ou parler un langage obscur fait problème. D’où l’importance d’informer les parents, dans un langage clair, sur notre façon de comprendre l’enfant et de travailler avec lui.

Isabelle Randi, orthophoniste en CMPP et en libéral, membre de FOF Sud-Est

Consulter les publications de notre dossier « Autisme »