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Nous sommes informés par notre partenaire oedipe.org de la publication sur le site de l’Association Internationale Interactions de la Psychanalyse d’un article sur « La place de la psychanalyse en Iran et les moyens du bord » de Esmat Torkghashghaei, chargée de cours à l’université Azad Karaj, psychanalyste à la clinique de l’université Téhéran.

« Depuis 4 ans, je travaille en Iran en tant que chargée de cours et psychanalyste dans différentes universités publiques et privées. Et depuis deux ans, j’ai pu constater la progression de la psychanalyse au sein des autres sciences humaines qui ont fini par reconnaître sa place dans la société actuelle. Alors que la psychanalyse est née sur un terrain pauvre et qu’elle a été souvent identifiée à une pensée théorique, elle fleurit de plus en plus sur le terrain d’une activité thérapeutique prestigieuse et bien appréciée. C’est ce que nous appelons aujourd’hui « le souhait d’être analysé ».

Ce développement est sans doute dû à la souffrance psychique des individus de plus en plus souvent désorientés, maltraités, humiliés et qui veulent se défendre à tout prix pour guérir leurs blessures. C’est donc une démarche inverse qui se produit dans la société iranienne. C’est pourquoi, une psychothérapie psychanalytique efficace peut facilement se distinguer d’une autre psychothérapie.
A la demande de la masse (société) iranienne, les associations qui travaillent dans le domaine de la psychologie s’intéressent aussi à développer ce champ thérapeutique en proposant des formations en thérapie psychanalytique et en particulier en psychothérapie groupale. Ce sont des associations plus ou moins subventionnées par l’état.

Cependant, la tâche du psychanalyste est très importante. Nous devons former des étudiants souhaitant suivre cette voie en mettant en place des séminaires, des ateliers, des stages etc.
Ainsi, depuis deux ans, la psychanalyse a bien avancé, grâce aux psychanalystes engagés. C’est pourquoi, j’attire votre attention sur la progression de la psychanalyse en Iran :

En septembre 2011, pour la première fois dans l’histoire de la psychologie en Iran, un congrès international s’est déroulé à l’université Azad islamique de Chiraz sur la psychologie des enfants et des adolescents avec les tendances psychanalytiques de grands théoriciens : freudiens, lacaniens et winnicottiens. Parmi les articles présentés, c’est l’article « Le rôle du père après l’arrestation dans l’imagination de ses enfants », une approche lacanienne, présenté par Abbas Gholamrésaie, qui a attiré les participants. Il s’agit d’une recherche sur des enfants qui ont eu un père incarcéré à la prison d’Evin. Les arguments avancés par l’auteur allaient dans le sens de penser le rapport entre la forclusion du signifiant du Nom-du-père et les altérations découlant des supports imaginaires.
La mise en place d’ateliers et de séminaires par différentes tendances en psychanalyse pour des étudiants dans différentes grandes villes iraniennes : psychothérapie de groupe avec une approche psychanalytique, psychothérapie freudienne, etc.
Une republication de livres déjà traduits de Freud : Malaise dans la civilisation, L’avenir d’une illusion, La vie sexuelle.
La publication de livres de Freud traduits en persan : Totem et Tabou, Trois essais sur la théorie sexuelle, Technique psychanalytique.
La publication du livre Vocabulaire de Freud de Paul-Laurent Assoun, traduit en persan.
Une rencontre organisée par l’éditeur Bineshe No à Téhéran dans laquelle je présentais la parution du livre Psychanalyse, écrit par Antonie Bietman, psychanalyste anglais et traduit par le Docteur Tahmassebe.
La soutenance de la thèse « Le narcissisme et Facebook » par le professeur Iravani, professeur de l’université Téhéran, en collaboration avec l’université Dobie aux Emirats Arabes Unis.
La relation interuniversitaire entre l’université Sigmund Freud en Autriche et l’université de Téhéran. Chaque année, un étudiant (ou une étudiante) soutient son doctorat à l’université Sigmund Freud.
L’étalonnage d’un test projectif pour les enfants « test conte de fées », avec une approche psychanalytique, sur 900 enfants scolarisés en Iran, entre 6 à 12 ans (dans toutes les régions : Nord, Sud, Est et Ouest).

Je dois ajouter que la psychanalyse en Iran ne se limite pas seulement ici. Nous travaillons étroitement avec l’université Paris-Diderot et l’ED « Recherches en psychanalyse » en France. Pour exemple, deux psychanalyste iraniens ont effectué et soutenu leur thèse de doctorat à l’ED « Recherches en psychanalyse », à l’université Paris-Diderot, sous la direction du Pr Sophie de Mijolla-Mellor ; L’une Esmat Torkghashghaei, en 2007 sur le thème Notion de secte et l’autre en 2012, Nader Barzin, sur le thème de l’identité nationale à l’heure de la globalisation. Ils ont publié une partie de ces recherches sous forme d’ouvrage Univers apocalyptique des sectes et d’articles dans la revue topique N° 110. Ils entretiennent des liens réguliers ou travaillent en Iran. Le Pr de Mijolla-Mellor a été invitée en 2010 à participer à un colloque international à Téhéran sur Croyance (Besoin de croire) et à donner un séminaire à l’université.

Nous savons que ces activités ne sont pas encore suffisantes pour une société telle que la société iranienne qui est en train de se désocialiser à une vitesse inquiétante mais nous faisons des progrès avec les moyens du bord… »

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